Pascal

In the Pensées, Pascal may set reason in antithesis with instinct, passions, folly, or the senses. He may then express related antitheses.

From among certain fragments of the Pensées, I quote those, or the relevant parts of those, that feature the word raison or derivatives such as raisonnable. I set those words in boldface. I rely on a search of the pdf file, Pensees in French, among the External Links for the Wikipedia article “Pensées.” This text is in the order of Lafuma, but numbers the fragments according to the Brunschwicg edition as well. Unfortunately the pdf file comes with no information on who made it or how it was made. I note one important error:

sur la "on et sur la folie

should be “sur la raison et sur la folie.”

Reasons to give the quotations themselves in French are:

  • it’s what Pascal wrote (albeit edited and modernized);

  • it’s not that hard, the range of vocabulary being almost as narrow as in mathematics;

  • a translator, such as Ariew, may resolve ambiguities that could have been interpreted differently;

  • I cannot cut and paste from Ariew’s translation anyway (one can take images from issuu though).

In the quotations, when it seems practical, I try to indicate antitheses with bullet points. The fragments to be considered are among the following:

editor numéro numéro
Sellier 2–36 37–114
Lafuma 383–417 1–79

Within the indicated sections, the Sellier numbers seem to have the same order as the Lafuma, although the divisions into numbered fragments may differ. The numbers at the head of each quoted fragment are in the order

Sellier–Lafuma–Brunschvicg.

The third numbers are useful to me because I happen to have a 1976 version of Brunschvicg’s edition (with introduction etc. by Dominique Descotes).

While reason may be conceived of as a faculty, a reason is just an explanation for why we do or affirm something. As a mathematician, I may hypothesize that, without using the so-called Archimedean Axiom, Euclid could have developed a theory of proportion from the special case of Pascal’s Theorem known as Pappus’s Theorem. (Euclid may well have known this theorem, since Pappus wrote it down as an aid to reading work of Euclid now otherwise lost.) If I find a proof of the hypothesis, the proof becomes the reason why the hypothesis was correct. In fact, given Hilbert’s work of 1899, Hessenberg supplied what was needed in 1905, which was a proof, from Pappus’s Theorem, of a theorem of Pascal’s contemporary Desargues.

Here is Pascal. My additional comments are interspersed (and are always subject to revision).

25–406–395 Instinct, raison.

Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme.

Nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme.

My reading: There is an antithesis of dogmatism (on the one hand) and Pyrrhonism or skepticism (on the other hand), and a corresponding antithesis of reason and instinct.

  • Reason keeps us from dogmatism.

  • Instinct keeps us from Pyrrhonism.

We accept no dogma categorically, but must have a reason for it. This sounds like wishful thinking, but it seems to be what Pascal says. On the other hand, we also have the native conviction that some dogma must be true.

Pascal goes on to replace instinct with the passions, and Pyrrhonism with something unnamed, though we might call it libertinism. Again, the bullet points here and later are mine:

29–410–413 Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes.

  • Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux,

  • les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute. Des Barreaux.

Mais ils ne l’ont pu ni les uns ni les autres;

  • et la raison demeure toujours qui accuse la bassesse et l’injustice des passions et qui trouble le repos de ceux qui s’y abandonnent;

  • et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer.

The war of reason and passion is irresoluble. In another passage, which Pascal cancelled from the long fragment (Sellier 78) on imagination, there is a war of reason and the senses.

In yet another substitution, reason is opposed to or juxtaposed with folly, as follows.

60–26–330 La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie. La plus grande et importante chose du monde a pour fondement la faiblesse. Et ce fondement est admirablement sûr, car il n’y a rien de plus que cela, que le peuple sera faible. Ce qui est fondé sur la saine raison est bien mal fondé, comme l’estime de la sagesse.

Thus reason is both

  • strong enough to support our mathematical and scientific convictions, such as Pascal’s Theorem and Pascal’s Law;

  • too weak to stand alone against the ignorance of the masses.

For the masses, ignorance is strength, even the strength of an imaginary reason, or of an art (or perhaps science) of finding reason. Errors are blamed, not on that art, but on oneself:

67–33–374 Ce qui m’étonne le plus est de voir que tout le monde n’est pas étonné de sa faiblesse. On agit sérieusement et chacun suit sa condition,

  • non pas parce qu’il est bon en effet de la suivre, puisque la mode en est,

  • mais comme si chacun savait certainement où est la raison et la justice.

On se trouve déçu à toute heure et par une plaisante humilité on croit que

  • c’est sa faute et

  • non pas celle de l’art qu’on se vante toujours d’avoir.

Mais il est bon qu’il y ait tant de ces gens-là au monde qui ne soient pas pyrrhoniens pour la gloire du pyrrhonisme, afin de montrer que l’homme est bien capable des plus extravagantes opinions, puisqu’il est capable

  • de croire qu’il n’est pas dans cette faiblesse naturelle et inévitable, et

  • de croire, qu’il est au contraire dans la sagesse naturelle.

Rien ne fortifie plus le pyrrhonisme que ce qu’il y en a qui ne sont point pyrrhoniens. Si tous l’étaient ils auraient tort.

We may see Pascal’s idea in a recent CNN story, “‘They’re unrecognizable’: One woman reflects on losing her parents to QAnon”:

Her parents have reasoned away why Q’s predictions didn’t come true. “They blame themselves for not understanding what Q meant,” she said. “For not being smart enough to be able to know what really is going to happen.”

As for Pascal’s comments on Pyrrhonism, refusal to be at all skeptical is dogmatism, which itself engenders skepticism, in others at least, but perhaps also oneself. I would bring in a relevant observation from R. G. Collingwood, An Essay on Philosophical Method (1933):

Scepticism is in reality a covert dogmatism; it contains positive theories of the nature, method, and limitations of philosophical thought, but disclaims their possession and conceals them from criticism. Hence it is both inconsistent and dishonest.

We return to Pascal, who to reason now opposes imagination, “mistress of error and falsehood.” Like skepticism, it is all the more powerful for not being all-powerful. The fragment is long, and using either horizontal lines or my own comments, I try to divide it into the paragraphs indicated at a scholarly site, Les Pensées de Blaise Pascal, which gives several levels of editing, starting from the man’s original manuscripts.

78–44–82 Imagination

C’est cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et

  • d’autant plus fourbe

  • qu’elle ne l’est pas toujours,

car

  • elle serait règle infaillible de vérité,

  • si elle l’était infaillible du mensonge.

Mais, étant le plus souvent fausse elle ne donne aucune marque de sa qualité marquant du même caractère le vrai et le faux.

  • Je ne parle pas des fous,

  • je parle des plus sages,

et c’est parmi eux que l’imagination a le grand droit de persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses.


Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l’homme une seconde nature.

  • Elle a

    • ses heureux, ses malheureux,

    • ses sains, ses malades,

    • ses riches, ses pauvres.

  • Elle fait croire, douter, nier la raison.

  • Elle suspend les sens, elle les fait sentir.

  • Elle a ses fous et ses sages.

Et rien ne nous dépite davantage que de voir qu’elle remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison.

  • Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux mêmes que

  • les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire.

Ils regardent les gens avec empire,

  • ils disputent avec hardiesse et confiance –

  • les autres avec crainte et défiance –

et cette gaieté de visage leur donne souvent l’avantage dans l’opinion des écoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur auprès des juges de même nature.


  • Elle ne peut rendre sages les fous mais

  • elle les rend heureux,

à l’envi de la raison qui ne peut rendre ses amis que misérables,

  • l’une les couvrant de gloire,

  • l’autre de honte.


Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante? Toutes les richesses de la terre [sont] insuffisantes sans son consentement.


  • Ne diriez-vous pas que ce magistrat dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple se gouverne par une raison pure et sublime, et qu’il juge des choses par leur nature sans s’arrêter à ces vaines circonstances qui ne blessent que l’imagination des faibles? Voyez-le entrer dans un sermon, où il apporte un zèle tout dévot renforçant la solidité de sa raison par l’ardeur de sa charité; le voilà prêt à l’ouïr avec un respect exemplaire.

  • Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui ait donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l’ait mal rasé, si le hasard l’a encore barbouillé de surcroît, quelque grandes vérités qu’il annonce je parie la perte de la gravité de notre sénateur.


Le plus grand philosophe du monde sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n’en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer.


Je ne veux pas rapporter tous ses effets. Qui ne sait que la vue des chats, des rats, l’écrasement d’un charbon, etc. emportent la raison hors des gonds? Le ton de voix impose aux plus sages et change un discours et un poème de force. L’affection ou la haine changent la justice de face, et combien un avocat bien payé par avance trouve-t-il plus juste la cause qu’il plaide! Combien son geste hardi la fait-il paraître meilleure aux juges dupés par cette apparence! Plaisante raison qu’un vent manie et à tous sens! Je rapporterais presque toutes les actions des hommes qui ne branlent presque que par ses secousses. Car la raison a été obligée de céder, et la plus sage prend pour ses principes ceux que l’imagination des hommes a témérairement introduits en chaque lieu.

Pascal cancelled the following words, by horizontal and vertical rules. The words not ruled through below are preserved, with a special background, in the transcription moderne of the scholarly site; or you can see everything, which is a mess, in the *transcription diplomatique.

Qui voudrait ne suivre que la raison serait fou prouvé. Il faut, puisqu’il y a plu, travailler tout le jour pour des biens reconnus imaginaires et quand le sommeil nous a délassés des fatigues de notre raison il faut incontinent se lever en sursaut pour aller courir après les fumées et essuyer les impressions de cette maîtresse du monde. Voilà un des principes d’erreur, mais ce n’est pas le seul.

L’homme a bien eu raison d’allier ces deux puissances, quoique dans cette paix l’imagination ait bien amplement l’avantage, car dans la guerre elle l’a bien plus entier. Jamais la raison (ne surmonte) totalement l’imagination, (mais le) contraire est ordinaire.

We return to the accepted text, where real justice and the true art of healing are contrasted with imaginary sciences.

Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines dont ils s’emmaillotent en chaffourés, les palais où ils jugent, les fleurs de lys, tout cet appareil auguste était fort nécessaire, et si les médecins n’avaient des soutanes et des mules, et que les docteurs n’eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties, jamais ils n’auraient dupé le monde qui ne peut résister à cette montre si authentique. S’ils avaient la véritable justice, et si les médecins avaient le vrai art de guérir ils n’auraient que faire de bonnets carrés. La majesté de ces sciences serait assez vénérable d’elle-même, mais n’ayant que des sciences imaginaires il faut qu’ils prennent ces vains instruments qui frappent l’imagination à laquelle ils ont affaire et par là en effet ils s’attirent le respect.


Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte parce qu’en effet leur part est plus essentielle. Ils s’établissent par la force, les autres par grimace.

Magistrates and doctors disguise their incompetence, but soldiers need no disguise, and therefore neither does an autocrat; yet still a “well purified reason” may see the man for himself.

C’est ainsi que nos rois n’ont pas recherché ces déguisements. Ils ne se sont pas masqués d’habits extraordinaires pour paraître tels. Mais ils se font accompagner de gardes, de hallebardes. Ces troupes armées qui n’ont de mains et de force que pour eux, les trompettes et les tambours qui marchent au-devant et ces légions qui les environnent font trembler les plus fermes. Ils n’ont pas l’habit, seulement ils ont la force. Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le grand seigneur environné dans son superbe sérail de quarante mille janissaires.


Nous ne pouvons pas seulement voir un avocat en soutane et le bonnet en tête sans une opinion avantageuse de sa suffisance.


L’imagination dispose de tout; elle fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde.


Je voudrais de bon coeur voir le livre italien dont je ne connais que le titre, qui vaut lui seul bien des livres, Dell’ opinone regina del mondo. J’y souscris sans le connaître, sauf le mal s’il y en a.


Voilà à peu près les effets de cette faculté trompeuse qui semble nous être donnée exprès pour nous induire à une erreur nécessaire. Nous en avons bien d’autres principes.


  • Les impressions anciennes ne sont pas seules capables de nous abuser,

  • les charmes de la nouveauté ont le même pouvoir.

De là vient toute la dispute des hommes qui se reprochent ou de suivre leurs fausses impressions de l’enfance, ou de courir témérairement après les nouvelles. Qui tient le juste milieu qu’il paraisse et qu’il le prouve. Il n’y a principe, quelque naturel qu’il puisse être, même depuis l’enfance, [qu’on ne] fasse passer pour une fausse impression

  • soit de l’instruction,

  • soit des sens.


  • « Parce, dit-on, que vous avez cru dès l’enfance qu’un coffre était vide, lorsque vous n’y voyiez rien, vous avez cru le vide possible. C’est une illusion de vos sens, fortifiée par la coutume, qu’il faut que la science corrige. »

  • – Et les autres disent, « parce qu’on vous a dit dans l’école qu’il n’y a point de vide, on a corrompu votre sens commun, qui le comprenait si nettement avant cette mauvaise impression, qu’il faut corriger en recourant à votre première nature. »

– Qui a donc trompé? Les sens ou l’instruction?

If it happened that

  • your senses told you there was a vacuum in an empty box, and

  • your education told you that a vacuum was impossible, even in theory,

then both senses and education fooled you, as Pascal discovered.

Nous avons un autre principe d’erreur : les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le sens. – Et si les grandes l’altèrent sensiblement, je ne doute pas que les petites n’y fassent impression à leur proportion.


Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement. Il n’est pas permis au plus équitable homme du monde d’être juge en sa cause. J’en sais qui, pour ne pas tomber dans cet amour-propre, ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents. La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop mousses pour y toucher exactement. S’ils y arrivent ils en écachent la pointe et appuient tout autour plus sur le faux que sur le vrai.

Again, Pascal cancelled the following, featuring the war of reason and the senses that I mentioned.

L’homme est donc si heureusement fabriqué qu’il n’a aucun principe juste du vrai, et plusieurs excellents du faux. Voyons maintenant combien.

Mais la plus plaisante cause de ses erreurs est la guerre qui est entre les sens et la raison.

What remains of Sellier 78 is Lafuma 45 and Brunschwicg 83. Again reason is opposed to the senses, though now each is a “principle of truth,” and reason is somehow allied with the “passions of the soul”:

45–83 L’homme n’est qu’un sujet plein d’erreur naturelle, et ineffaçable sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité. Tout l’abuse. Ces deux principes de vérité,

  • la raison et

  • les sens,

outre qu’ils manquent chacun de sincérité, s’abusent réciproquement l’un l’autre;

  • les sens abusent la raison par de fausses apparences. Et cette même piperie qu’ils apportent à l’âme,

  • ils la reçoivent d’elle à leur tour; elle s’en revanche. Les passions de l’âme les troublent et leur font des impressions fausses. Ils mentent et se trompent à l’envi.


Mais outre cette erreur qui vient par accident et par le manque d’intelligence entre ces facultés hétérogènes …

That ellipsis is in the original.

In the next fragment, the easily distracted “sovereign judge of the world” could be the personification of reason itself, but the scholars do not seem to take up this possibility.

81–48–366 L’esprit de ce souverain juge du monde n’est pas si indépendant qu’il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d’un canon pour empêcher ses pensées. Il ne faut que le bruit d’une girouette ou d’une poulie. Ne vous étonnez point s’il ne raisonne pas bien à présent, une mouche bourdonne à ses oreilles : c’en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu’il puisse trouver la vérité chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. Le plaisant dieu, que voilà! O ridicolosissim[o] heroe!

85–52–388 Le bon sens.

Ils sont contraints de dire : vous n’agissez pas de bonne foi, nous ne dormons pas, etc. Que j’aime à voir cette superbe raison humiliée et suppliante. Car ce n’est pas le langage d’un homme, à qui on dispute son droit, et qui le défend les armes et la force à la main. Il ne s’amuse pas à dire qu’on n’agit pas de bonne foi, mais il punit cette mauvaise foi par la force.

The scholars interpret the latter fragment as concerning dogmatists, who cannot argue with skeptics, but can only accuse them of bad faith.

For the connections of next fragment to Montaigne, I defer to the notes of Ariew’s English edition, if not to the extensive notes at the scholarly site.

94–60–294 Sur quoi fondera-t-il l’économie du monde qu’il veut gouverner? Sera-ce sur le caprice de chaque particulier? Quelle confusion! sera-ce sur la justice? il l’ignore. Certainement s’il la connaissait il n’aurait pas établi cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les moeurs de son pays. L’éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples. Et les législateurs n’auraient pas pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des perses et allemands. On la verrait plantée par tous les états du monde, et dans tous les temps, au lieu qu’on ne voit rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat, trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité. En peu d’années de possession les lois fondamentales changent, le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne. Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

Ils confessent que la justice n’est pas dans ces coutumes, mais qu’elle réside dans les lois naturelles communes en tout pays. Certainement ils le soutiendraient opiniâtrement si la témérité du hasard qui a semé les lois humaines en avait rencontré au moins une qui fût universelle. Mais la plaisanterie est telle que

  • le caprice des hommes s’est si bien diversifié

  • qu’il n’y en a point.

What I have just set as an antithesis, Ariew translates as, “human whim has so many varieties that there is no such <general> law.” My thought is to render it, “human caprice is so well diversified that there is none of it,” namely no caprice, since we are uniform in our variety.

Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant qu’un homme ait droit de me tuer parce qu’il demeure au-delà de l’eau et que son prince a querelle contre le mien, quoique je n’en aie aucune avec lui.

Il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison corrompue a tout corrompu. Nihil amplius nostrum est, quod nostrum dicimus artis est. Ex senatus-consultis et plebiscitis crimina exercentur Il. Ut olim vitiis sic nunc legibus laboramus.

De cette confusion arrive que

  • l’un dit que l’essence de la justice est l’autorité du législateur,

  • l’autre la commodité du souverain,

  • l’autre la coutume présente.

Et c’est le plus sûr.

  • Rien suivant la seule raison n’est juste de soi, tout branle avec le temps.

  • La coutume fait toute l’équité, par cette seule raison qu’elle est reçue.

C’est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramènera à son principe l’anéantit.

  • Rien n’est si fautif

  • que ces lois qui redressent les fautes.

Qui leur obéit parce qu’elles sont justes,

  • obéit à la justice qu’il imagine, mais

  • non pas à l’essence de la loi.

Elle est toute ramassée en soi. Elle est loi et rien davantage. Qui voudra en examiner le motif le trouvera si faible et si léger que s’il n’est accoutumé à contempler les prodiges de l’imagination humaine, il admirera qu’un siècle lui ait tant acquis de pompe et de révérence. L’art de fronder, bouleverser les états est d’ébranler les coutumes établies en sondant jusque dans leur source pour marquer leur défaut d’autorité et de justice. Il faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l’état qu’une coutume injuste a abolies. C’est un jeu sûr pour tout perdre; rien ne sera juste à cette balance. Cependant le peuple prête aisément l’oreille à ces discours, ils secouent le joug dès qu’ils le reconnaissent, et les grands en profitent à sa ruine, et à celle de ces curieux examinateurs des coutumes reçues. C’est pourquoi le plus sage des législateurs disait que pour le bien des hommes, il faut souvent les piper, et un autre, bon politique, Cum veritatem qua liberetur ignoret, expedit quod fallatur. Il ne faut pas qu’il sente la vérité de l’usurpation, elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable. Il faut la faire regarder comme authentique, éternelle et en cacher le commencement, si on ne veut qu’elle ne prenne bientôt fin.

Here is reason as in “No reason why”:

102–68–205 Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l’éternité précédente et suivante – memoria hospitis unius diei praetereuntis – le petit espace que je remplis et même que je vois abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraye et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car il n’y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a(-t-)il été destiné à moi?

Now the ellipses are mine:

111–76–73 … Mais peut-être que ce sujet passe la portée de la raison … Cela suffirait sans doute si la raison était raisonnable. – Elle l’est bien assez pour avouer qu’elle n’a pu encore trouver rien de ferme …

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